Présentation de mon travail pictural

Je peins des scènes de vies, des moments d'intimité, du quotidien, des situations qui pourraient sembler banales alors qu'elles nous sont tout simplement familières. Les scènes représentées sont comme des photographies prises juste avant –ou juste après- qu’il ne « se passe -réellement- quelque chose ». J'aime préserver une part de mystère et d'imaginaire, laisser une fenêtre ouverte en ne suggérant qu'un début d'histoire. Comme un "il était une fois"... qui laisserait chacun libre d’imaginer la suite.

Les décors choisis pour mes tableaux sont donc des lieux volontairement neutres, imprécis ou vaguement esquissés (aéroports, lavomatics, bars, chambres d'hôtels, salons).

Je représente beaucoup d’individus seuls ou en couple. Certains y verront des personnes posées, douces, rêveuses, tendres, sereines ou en introspection alors que d’autres y verront au contraire des scènes de mélancolie, d’attente et parfois de profonde solitude, d’anonymat, d’ennui voire d’isolement et de désespoir. Je questionne en effet toujours l’ambivalence entre bien être et afliction, sérénité apparente ou solitude profonde. La frontière entre monde intérieur et sphère publique m’attire.
Le fil entre bien être « en soi», «chez soi», et mal être dans notre société captive mon oeil et mon imaginaire.  

La série "tambours battants", peintures de scènes volées dans des lavomatics, évoque justement ces moments d’intimité et d’ennui dans un espace collectif. Le lavomatic est un endroit froid, neutre, de consommation, où l’on se rend pour nettoyer son linge sale et intime... en public ! Cette situation très ambivalente me plait. Je la trouve poétique et déstabilisante. Qui plus est, se laisser hypnotiser par le mouvement du linge dans le tambour d’une machine n’est-il pas un moment rêvé pour s’autocentrer, se questionner comme on le ferait devant un feu de cheminée, version XXIème siècle ?

Dans cette série comme dans beaucoup d'autres ("Hors champs", « Diners" , "sofas" ou 8:00am pour ne citer qu'elles) il y a plusieurs grilles de lectures.

J'aime aussi capter les moments "off", quand le rideau public et social est retombé et que l'individu se retrouve enfin seul en coulisses, vrai, sensible et fragile.

Mais j’apprécie également l’absurdité et l’humour ! Représenter des personnes qui soudain sortent des rails et font un geste inattendu ou politiquement incorrect m'amuse également beaucoup.
La série "Et hop ! ", "Nose picking & Super heroes" ou “Air Guitar” témoignent de ce besoin de légèreté, de dérision et d'amusement.

Depuis peu j'aborde des sujets à caractère plus "socio-politique". En témoigne la série "Me giga aonde você vai""Eu vou varrendo"débutée après un séjour à Rio de Janeiro pendant lequel j'ai pu constater le gigantesque coup de balai réalisé sur la mégapole par le gouvernement afin de la nettoyer de ses "indésirables" en prévision de la coupe du monde de football de 2014 et des JO de 2016.
Rio redevient carte postale «propre» et en «trêve», vidée, pour les caméras du monde entier, de ses enfants des rues, trafiquants mais aussi habitants des favelas... C’est à première vue très agréable et sécurisant, mais où sont ces gens maintenant ? Si le nettoyage est trop violent qu’adviendra-t-il de l’âme de la ville, de l’esprit Carioca ? (cliquer ici pour lire le texte de présentation de la série)


Quand je débute un projet, je commence par prendre énormément de photos. Généralement toutes de loin, au zoom, à la va-vite, mal cadrées, mal éclairées mais « justes » car « volées ». J’aime les photos volées ! Elles sont automatiquement spontanées et «vraies». Je “vole” aussi des images sur le net, inépuisable et inestimable banque d’image de notre impudique monde moderne...

Au terme de l’exercice, je me retrouve avec des centaines de clichés souvent inutilisables en l’état. Mais en chacun je vois un point d’intéret particulier me permettant de construire la ou les image(s) souhaitée(s). Mon travail de “compositrice” commence alors : je redessine les personnages en m’employant à restituer leur beauté d’origine, ou en tout cas ce qui m’a séduit chez eux, ce que “je vois”. Puis, j’efface, déplace ou modifie des éléments du décor. Je retravaille le cadrage, les formes, les couleurs, les lumières pour composer petit à petit l’ambiance de la scène que je souhaite représenter.
Une fois ces éléments posés, la ou les photographie(s) de départ a/ont disparue(s) et je peux commencer le travail de peinture à proprement parler.
Cette dernière étape se déroule assez rapidement, car à ce stade, je sais exactement ce que je veux et où je vais. Je regarde ma toile esquissée et ai déjà une vision précise du tableau final : il ne me reste plus qu’à l’exécuter pour le rendre visible aux yeux de tous. Ensuite la toile ne m’appartient plus autant : j’ai montré ce que j’avais à dire. Libre à chacun d’y voir ce qu’il souhaite.

Le traitement stylistique que j’ai choisi pour mes peintures est à tendance réaliste et non hyperréaliste car je tiens à garder une certaine marge de liberté avec la réalité. J’affectionne les imperfections, les inexactitudes, les réinterprétations et les repentirs qui rendent la peinture plus poétique et sensible à mes yeux. J’éprouve toujours une sympathie profonde et une tendresse particulière pour «mes» personnages, de la compassion parfois, ou de l’indulgence. Si je peins relativement rapidement, mon pinceau ralentit systématiquement au moment de travailler les chairs, de modeler les visages, les regards, de creuser les défauts, de maquiller les corps... C’est le moment de peinture que je préfère, et je prends le temps de le savourer !

Mariam Hiault


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